mercredi 17 février 2010

LETTRE AU PRESIDENT

Monsieur Le Président de la République

Palais de l’Elysée

55 Boulevard Saint Honoré

75008 PARIS

A Auray,

Le 15 février 2010.



Monsieur le Président de la République,


Notre immense détresse nous incite à vous adresser ce courrier..

« L’Ostréiculture Française ou la chronique d’une mort annoncée ! »


L’ostréiculture française, 40 000 emplois directs et indirects, premier producteur d’huîtres en Europe, quatrième au niveau mondial, avec environ 130 000 tonnes de production annuelle, subit depuis deux ans une crise sans précédent.



En effet, déjà depuis plusieurs années, de façon dispersée sur le littoral français, les élevages enregistraient, de façon croissante, des pertes variables de naissains (bébé huîtres d’un an) d’huîtres creuses (crassostréa gigas).

Depuis juin 2008, et de nouveau au printemps 2009, c’est la totalité des concessions ostréicoles françaises qui sont touchées, anéantissant de 60 à 100 % des naissains.

Nous savons déjà que d’ici la fin de l’année 2010, de nombreuses entreprises n’auront plus de stock et en 2011 la quasi-totalité des 3000 entreprises françaises seront en cessations d’activité faute de produits.

Nos représentants professionnels, Sections Régionales de la Conchyliculture et Comité National de la Conchyliculture, sont en négociation avec les services de l’Etat. Malheureusement, nous constatons que nos appels ne sont pas entendus, pour ne pas dire écoutés, et les services de l’Etat ne réalisent pas la gravité de notre situation. Notre profession est en péril ! Des générations entières sont appelées à disparaître. Mais nous n’entendons pas être rayés de la carte sans réagir.

Nous venons de constituer une association syndicale que nous appelons « Comité de Survie de l’Ostréiculture ». Notre but est de défendre, par tous moyens, les intérêts des ostréiculteurs dont l’avenir est, aujourd’hui, clairement menacé.

Nous avons laissé nos structures professionnelles (SRC et CNC) traiter le sujet jusqu’à présent, mais la faible prise de conscience de la part des collectivités locales nous a conduit à prendre notre destin en main. Depuis 4 mois, et après avoir rencontré différents élus, nous avons demandé qu’une grande réunion soit organisée entre les politiques (Ministres, Sénateurs, Députés, Conseillers Régionaux et Généraux), les grandes administrations (les ministères) et la profession pour mettre à plat les difficultés de la profession et mettre en place les mesures que nous revendiquons, en vain (cf. revendications ci-jointes).

Même si demain la raison des mortalités est trouvée, même si demain une huître « miracle » est découverte, on ne peut pas imaginer un instant rester sans revenus jusqu’en 2014-2015 ! Car il faut trois ans minimum pour produire une huître, sans assurance d’un quelconque succès. Même si une huître miracle assurait de nouveau une production, l’effort de reconstitution de stock serait énorme, qui plus est, sans revenus

Nous devons donc travailler sur deux tableaux :

- Assurer un avenir aux entreprises et aux entrepreneurs qui sont des victimes

- Découvrir l’origine réelle de ce mal, et le faire assumer aux éventuels responsables

Assurer l’avenir, c’est ce qui figure dans notre cahier de revendications. Nous entendons défendre coûte que coûte nos propositions car nous avons l’intime conviction d’être juste dans notre démarche. Les annonces d’aides des services de l’Etat et des Régions sont insignifiantes. La réponse de ces services est inadaptée à notre problématique. Comment voulez vous vivre sans revenus ? Les sommes annoncées sont dérisoires et uniquement ponctuelles. Alors que les aides avoisineraient une trentaine de millions d’euros, nous avons estimé les besoins annuels réels à 300 millions d’euros minimum, en attendant de retrouver une production rentable !

Découvrir l’origine réelle du mal qui touche nos huîtres.

En effet, là encore nous pensons être les victimes d’une accumulation de facteurs dont bon nombre sont hélas financiers.

La qualité des eaux (responsabilité de l’Etat) se dégrade, ce problème a été moult fois relevé par l’Europe. Nous battons les records d’épandage de produits phytosanitaires, nos réseaux d’eaux usées sont saturés et obsolètes, … Les résultats d’analyses deviennent de plus en plus alarmants. Le déclassement sanitaire, en cours, des zones de production conchylicoles en est la preuve.

Voilà donc, en quelques phrases, le résumé d’une situation peu reluisante. Les pouvoirs publics ne prennent pas en compte la ruine vers laquelle nous nous dirigeons. Déjà de nombreux collègues sont en état de cessation d’activité.

Notre démarche est notre seul recours pour défendre notre profession en péril. Le problème est si complexe qu’il nous dépasse et nous ressentons la triste impression d’être abusés et cruellement orphelins. L’enjeu pour la profession ostréicole est national. Comme souvent, le secteur primaire est la première victime d’un système obscur et complexe. Avec ici un élément différent du problème agricole, c’est que la mer est ouverte, les problèmes intraitables dans un milieu contaminable.

Afin de nous faire enfin comprendre, nous sollicitons de toute urgence une audience auprès de vous. Nous souhaitons et avons besoin de votre soutien et nous savons que nous pouvons compter sur vous pour faire avancer nos revendications rapidement.
Nous sommes également disposés à vous accueillir pour vous faire découvrir notre profession et vous expliquer clairement nos problèmes.

Notre ressentons l’impression d’être sur un tapis roulant qui nous pousse inévitablement vers un précipice sans aucune autre possibilité pour l’arrêter que celle d’avoir un soutien massif de l’Etat. Dans quelques semaines pour certains, dans moins d’un an pour la majorité d’entre nous ce métier, faute de stock, n’existera plus. Le travail de générations entières sera réduit à zéro.

Aujourd’hui, les réponses des services de l’Etat sont totalement inadaptées !

Certains de l’intérêt que vous allez porter à notre demande d’audience, nous vous prions de recevoir, Monsieur le Président de la République, l’assurance de notre plus profond soutien.

Pour le Comité de Survie de l’Ostréiculture

Le Président

Renan HENRY

56470 SAINT PHILIBERT

renan.henry@wanadoo.fr

06.62.86.00.52.

adresse mail du comité :comite.de.survie@gmail.com

site internet: http://comitedesurviedelostreiculture.blogspot.com/